à propos

La main à plume

Livres de résistance

Une émission conçue et animée

par Ludivine Bantigny et Antoine Peillon

pour Le Média TV

« État de présence », manifeste de La main à plume, mai 1941, signé par Acker, Chabrun, Patin, Raufast, Rius, Shoenhoff, Vulliamy.

 En 1941, un groupe de jeunes poètes et artistes surréalistes entre en résistance, pour faire face à « la bêtise des temps » et à sa violence. Leur manifeste s’intitule « État de présence ». Leur nom, « La main à plume », est tiré d’un poème de Rimbaud : « La main à plume vaut la main à charrue… ». Peu importe en fait ce qui, ou non, « vaut » ; loin d’opposer, ce vers unit. Les mots ne sont pas que des mots ; avec la charrue, ils agissent et résistent – les livres aussi. Ici, il s’agit de briser les hiérarchies, les divisions du travail social qui tracent frontières et lisières au cordeau, délimitent des champs distincts voire étrangers et entendent nous séparer. Nous couperons à travers champs.

L’émission « La main à plume » propose des rencontres autour de livres qui nous marquent, nous importent et nous emportent. Essais, enquêtes, études, fictions et poésie, dessins et photographies… : leur motif commun est de s’enraciner dans le refus du monde tel qu’il va et ne va pas. Leur détermination est non seulement de ne pas l’accepter tel quel, de ne pas baisser la tête face aux injonctions à la passivité et aux assignations à la résignation, mais encore d’imaginer une société juste, humaine, où le temps des fêtes et de la solidarité nous revienne. Nos résistances ne sont pas de pures défenses, même s’il faut bien riposter à la violence en marche, à l’emprise étouffante du marché, aux diktats de la rentabilité, aux sentences de la concurrence, aux ravages des puissances et des États qui les servent. Comme les cahiers de doléances étaient aussi des cahiers d’espérance, les livres de résistance sont combatifs et fertiles.

Pour en parler, viennent dialoguer des autrices et auteurs, au côté de celles et ceux qui font vivre les livres, dans les maisons d’édition, les bibliothèques et les librairies, mais encore celles et ceux qui les lisent, s’en nourrissent et y reviennent. Nous partons de ces luttes et de ces engagements. Parfois, ils ont des livres dans leurs poches ou à l’esprit. Nous évoquerons avec leurs actrices et acteurs la manière dont leurs lectures les aident et les soutiennent – et comment, en retour, les livres s’en inspirent. Nos savoirs et nos espoirs sont partagés. Les sciences sociales, la littérature et l’art ne sont pas des mondes à part, notre conviction faisant sienne cette déclaration : « Créer c’est résister, résister c’est créer ! »